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antidote (+luce)

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Lenz Weelher
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Ven 16 Fév - 1:33
antidote ft luce

L’alcool, Lenz n’en consommait pas des masses. Il n’avait rien de l’alcoolique du coin, qui se baladait en titubant, bouteille à la main et criant sur les pigeons. Lenz lui, aimait bien en boire, de temps en temps, surtout le soir. C’était une des dernières choses qui pouvaient l’occuper une fois la nuit tombée - surtout depuis que sa télévision était malencontreusement tombée en panne, trois semaines plus tôt. Face à cette tragédie, il avait dû trouver une alternative, alors il avait rouvert des livres abandonnés depuis l’Unique sait quand. Et il lisait. Toute la nuit. Et pour s’occuper à côté, il se servait quelques verres qu’il descendait au fur et à mesure qu’il faisait défiler les pages. Parfois il arrêtait totalement de lire, se suffisant de balader ses yeux de haut en bas sur la page, puis de la tourner et de recommencer avec la prochaine. Et pendant ce temps, il enchaînait les gorgées. Du coup il s’endormait vite, et sur place. Pas forcément parce que la lecture l’aidait à trouver le sommeil, mais plutôt parce que l’étrange mixture de médicaments et d’alcool qu’il ingurgitait l’ensuquait complètement et le faisait piquer du nez en un temps record.

Mais non, Lenz maintenait qu’il n’avait absolument rien d’un alcoolique. Lui, la boisson, c’était juste quelque chose de récréatif, comme certains fumeraient une clope. Il ne voyait pas ce qu’on pouvait lui reprocher par rapport à cela - et puis de toutes manières, personne ne lui reprochait rien, parce qu’il n’avait tout bonnement personne pour lui reprocher quoi que ce soit. A part peut-être sa mère. Mais il n’était pas assez bête pour boire devant elle, il avait bien trop peur de la leçon de vie qu’elle pourrait lui faire si elle le voyait. Des fois il lui en voulait, quand elle réagissait de manière un peu excessive à chaque fois qu’il faisait quelque chose de « dangereux », mais quand il arrivait à prendre un peu de recul, il pouvait la comprendre. Et puis, il lui pardonnait, parce qu’on peut toujours pardonner à ses parents, pensait-il.

Ce soir là, il avait voulu reprendre sa lecture. Un bouquin plutôt épais qui traitait d’une épopée folle de deux enfants qui avaient décidé de traverser l’île pour pêcher un poisson que l’on ne pouvait trouver que sur la côte ouest. Il les enviait un peu ces enfants et, malgré que l’ouvrage était légèrement tiré par les cheveux à certains moments, Lenz se trouvait réellement intéressé parce qu’il s’y passait. Pour une fois, il ne lisait pas une ligne sur deux et deux pages sur quatre, il était réellement pris d’intérêt par cette histoire. Il avait même pensé à se mettre à la pêche lui-même, se disant que ça pourrait peut-être lui apporter quelque chose, et lui donner une raison de sortir autre que d’aller à la pharmacie ou faire ses courses de survie deux fois par mois. Mais à chaque fois qu’il se réveillait le matin, l’envie lui avait passé. La lumière du jour le déprimait totalement, parce qu’il lui semblait qu’il ne pouvait rêver que la nuit.

Il avait ouvert son bouquin à la page qu’il avait cornée, faute d’avoir un marque-page, et s’était assis sur la seule et unique chaise de son appartement. C’était une des rares choses que son ex lui avait laissé, cette chaise. Avec la télé. Et chaque fois qu’il s’y asseyait dessus - sur la chaise, pas sur la télé, sinon son dysfonctionnement aurait été justifié - il la sentait devenir de plus en plus branlante. Peut-être devait-il faire un régime, pensait-il. Ou peut-être était-elle juste en train de rendre l’âme, elle aussi. Tant pis, dans le pire des cas, son canapé ferait très bien l’affaire pour un remplacement.

Il avait feuilleté quelques minutes le livre, lisant à son rythme, appréciant toutes les phrases malgré que le commun des lecteurs aurait sûrement trouvé la plume de l’auteur un peu lourde et maladroite. Il avait tourné encore une page, puis avait levé la tête en direction de sa cuisine. Il se tâtait. Il avait bien envie d’un verre pour continuer son voyage mental, mais en même temps, il avait finalement trouvé une position confortable sur sa petite chaise. Il lui avait fallu plusieurs secondes à peser le pour et le contre pour finalement se lever, direction le placard à verres, puis celui à bouteilles.

Et qu’elle ne fût pas sa déception lorsqu’il se rendit compte que tout ce qu’il restait dans le placard était un vieux fond de Gin premier prix. Il n’aimait pas trop ça, le Gin. Il l’avait quand même débouchoné et reniflé, mais l’odeur le fit grimacer et il le replaça là où il était quand il avait ouvert la porte du petit meuble. Branlant, lui aussi, d’ailleurs. Un peu déçu mais pas vaincu pour autant, il ne retourna pas directement s’attabler devant son livre. Il alla d’abord vérifier son porte feuille, bien planqué dans la poche de son manteau accroché derrière la porte d’entrée de l’appartement. Il fouilla habilement dedans, sachant parfaitement ce qu’il cherchait. Il ne lui fallut d’ailleurs pas longtemps pour en sortir quelques pièces, mais pas assez pour aller s’acheter une nouvelle bouteille d’une boisson qu’il apprécierait plus que du Gin.  

Il avait dû retourner la moitié de son appartement, pendant au moins cinq minutes, boitant d’un coin à un autre, pour trouver assez de pièces pour couvrir le prix de son graal. Il en avait tout un petit tas dans sa main de fer, qu’il recomptait silencieusement, pour s’assurer ne pas avoir fait d’erreur. Il n’en avait pas fait, le compte était bon, il avait même un peu de rab. Il s’achèterait peut-être une barre chocolatée ou un paquet de chips, il verrait sur le tas.

Ni une ni deux, il avait attrapé son manteau, fourrant ses pièces dans les poches et ne s’embêtant pas à porter quelque chose de plus habillé que le survêt' qu’il portait déjà avant de sortir. Il avait vérifié quatre fois qu’il avait bien ses clefs et qu’il n’avait pas laissé ses plaques allumées - un vieux réflexe, malgré qu’il n’avait pas cuisiné depuis au moins trois jours - et s’était engagé dans le couloir de l’immeuble. Il était au premier étage, parce qu’on avait pas trouvé mieux à lui filer, apparemment tous les appart’ au rez-de-chaussée dans le coin étaient déjà loués. Alors on lui en avait trouvé où il n’avait qu’un étage à monter, sans ascenseur évidemment, et on lui avait dit que c’était ça où la rue. Il n’avait pas voulu dormir dehors, alors il l’avait pris, mais avec sa jambe de fer, monter et descendre n’était pas toujours tâche facile et il se donnait souvent cette raison pour justifier son manque de sorties.

Il n’était pas tombé dans les escaliers, mais seulement parce qu’il s’était accroché à la rambarde. Il n’avait pas l’air fin, quand il faisait ça, mais au moins il pouvait garder un peu de son pouvoir pour ne pas avoir à trop traîner la patte le reste du trajet. Sa destination n’était pas bien loin de toute façon, il n’aurait pas besoin de plus que trois minutes pour s’y rendre. Il pourrait ensuite rentrer, tranquillement, et retourner à ce qu’il faisait avant de partir, un verre plein à ses côtés en plus.

Il faisait frais dehors, peut-être pas assez pour justifier le manteau fourré qu’il portait, mais il l’aimait bien ce manteau. Il le mettait pratiquement toute l’année, sauf l’été quand il faisait vraiment trop chaud. Mais dès que les températures baissaient, on pouvait être sûr qu’il allait le ressortir. Pourtant il avait l’air comme neuf, malgré trois ans de bons et loyaux services. Il avait quand même peur d’avoir un peu chaud en marchant, parce que la chaleur ne lui réussissait pas, mais il préférait toujours ça à une bonne grippe, qu’il aurait pu attraper s’il avait décidé de ne pas prendre avec lui son compagnon le manteau.

Son trajet se faisait sans encombre, comme toujours. Sa mère s’était inquiétée quand elle avait su qu’il allait emménager dans ce quartier, mais apparemment même là-bas on préférait ne pas s’en prendre à des gens comme lui. Non pas parce qu’il était handicapé, mais plutôt parce qu’il n’avait aucun mal à dépasser d’au moins une tête les trois quarts de la population du coin, et que cette même population ne voudrait sûrement pas prendre le risque de voir en poing en métal s’approcher trop près de leurs mentons. Non pas qu’il serait capable de cogner qui que ce soit, mais les gens préféraient apparemment se méfier. Et, d’un côté, ça ne le gênait pas le moins du monde.

Il était arrivé. Comme s’il avait l’habitude du lieu - ce qui était sûrement le cas - il avait poussé la porte de la petite supérette ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tous les jours de la semaine. Une petite clochette avait été actionnée par son entrée, mais la personne derrière la caisse ne leva même pas les yeux de son journal pour saluer son client. Lenz s’en moquait, il n’avait pas salué l’employé non plus. Peut-être que c’était comme cela que ça se faisait, par ici, remarquez.

Il avait directement tracé au rayon qui l’intéressait, prenant le chemin le plus stratégique pour tomber pile en face des bouteilles de vodka. Enfin, de la bouteille de vodka. Piou. Il était arrivé juste à temps, apparemment. Il n’aurait vraiment pas aimé devoir se rabattre sur quelque chose d’autre - surtout qu’il aurait juste pu se rabattre sur le Gin qui était en train de pourrir au fond de son placard, dans ce cas là. Ne voulant pas trop traîner à la caisse, il avait commencé à fouiller dans ses poches, à la recherche de l’appoint exact parmi ses nombreuses pièces de monnaie. L’une d’entre elles glissant d’entre ses doigts pour aller rouler sous le rayon. Lenz l’observa partir sans tenter de la rattraper, puis haussa les épaules. Ce n’était qu’une petite pièce de quelques centimes, elle ne serait donc en aucun vitale à son paiement.

Lentement, devant la bouteille, il recomptait ses pièces, s’assurant d’avoir le compte exact et faisant attention à ne pas en faire tomber une plus importante. Il prenait son temps, il n’était pas vraiment à vingt secondes près et puis, qu’on se le dise, la bouteille n’allait pas se volatiliser devant lui s’il mettait cinq secondes de trop à farfouiller dans sa monnaie.
et glou et glou
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Luce Malone
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Sam 17 Fév - 9:55
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Ses yeux sont secs, presque douloureux, lorsqu'elle les ouvre enfin. Elle le savait, sa courte sieste avait duré plusieurs heures. Comme à chacune de ses rares après-midis libres, elle n'avait profité de rien. De quoi aurait-elle pu profiter ? Elle n'avait pas d'amis à aller voir, pas d'argent à gaspiller. Le seul plaisir qu'elle arrivait à prendre était étalé sur sa table basse, au milieu de feuilles et de tabac. La seule voix qu'elle voulait entendre était celle des braises hurlantes au bout de ses doigts. Alors elle l'avait rejointe, sa table basse. Heureuse de la retrouver comme on croise une vieille connaissance. Et elle les avait faites parler, ces braises. Au bout d'un joint hâtivement roulé. Elle l'avait savouré, un œil provocateur tourné vers le soleil qui s'insinuait par la fenêtre. Luce aimait bien trop côtoyer les ténèbres. C'est en vain qu'on essaie de l'en extirper.

La nuit était tombée quand elle glissa laborieusement hors de son canapé. Dans des gestes incertains et gauches, elle fit tomber un cendrier contenant les restes d'un pétard entamé. Elle l'attrapa délicatement, comme un bien précieux, et s'autorisa à le terminer. Elle avait la bouche pâteuse et collante. Ses cheveux en bataille masquaient une barre qui lui transperçait le crâne. Et malgré la douche prise après le travail pour arracher la moindre odeur de friture de son corps, celle-ci semblait toujours l'envelopper. Comme imprégnée en elle. Comme si cette immense cuisine bruyante était l'une de ces tristes choses qui la définissaient.

Debout au milieu de son logement miteux, Luce se perdait à ne rien regarder. Ses yeux vitreux se promenaient lentement, incapable de comprendre ce qu'ils voyaient. Parce que son esprit ne s'y intéressait pas. Il était trop occupé à se lover au milieu des nuages. Pour oublier ce qu'il se passait dessous. Pour ne plus rester enfermé entre quatre murs aux relents de moisissures. Pour, à son retour, espérer aller mieux. Mais lorsqu'il reviendrait, tout serait comme avant. Il retrouverait cette même lueur d'un néon vacillant perçant la fenêtre, le bruit lointain de véhicules, de voix et d'aboiements qui s'entremêlaient et combattaient férocement. Il trouverait une vaisselle accumulée de trois jours dans un évier malodorant, et un chemin de vêtements tracé à même le sol. Il ne s'étonnerait pas des plats réchauffés sur la table, ni de l'odeur vénérienne flottant au-dessus de ses draps. Il retomberait mollement dans cet énorme tas de merde. Et le pire, c'est qu'il s'y complairait.

Luce réfléchissait à une manière de s'occuper. La télévision ne l'intéressait pas. Son ordinateur dormait sous le merdier de sa table. Elle n'allait pas le déranger. Elle pouvait bien fumer... mais il n'y avait pas que la drogue, dans la vie. Non... bien sûr ! La voilà, son occupation. Il n'y avait pas que la drogue, il y avait l'alcool aussi. Soudainement déterminée, elle jeta son dévolu sur une bouteille de vodka. Ou plus exactement, elle le découvrit comme elle la prit en main, un fond de bouteille de vodka.

La triste Lulu n'avait rien de l'alcoolique du coin, qui se baladait en titubant. Par contre, elle aimait bien crier sur les pigeons. Mais la boisson avait pour elle des objectifs récréatifs indéniables. Elle inventait toujours des règles stupides pour distribuer ses propres gorgées. Ce soir, elle allait boire à chaque fois que sa voisine dépressive sangloterait.

Dix minutes plus tard, la bouteille était vide.

Lorsqu'elle reprit un peu conscience d'elle-même, la pauvre fille était dans la rue. Elle avait enfilé un pantalon noir et sa paire de bottes, puis était vraisemblablement partie sans savoir exactement où. Le t-shirt vert délavé qu'elle portait sous sa veste affichait la tête géante d'une loutre. Mais cela n'avait rien à voir avec la situation. Elle était devant cette épicerie ouverte, où elle avait pour habitude de venir claquer ses billets pour des boissons hors de prix. Souvent sans en avoir le souvenir.

Ce n'est qu'une fois le seuil franchi qu'elle remarqua la paire de lunettes sur son nez. Rose comme la pointe de ses cheveux. Elles cachaient le désastre de son maquillage étalé partout sur sa face, et des vaisseaux sanguins au fond de ses yeux qui explosaient les uns après les autres. Son corps, hors de contrôle, avait adopté une marche lente et incertaine, pleine de nonchalance. Les mains dans les poches, le dos voûté, elle commençait à parcourir les rayons sans se rappeler quoi chercher. Son nez ne supportait que par nécessité les reflux de transpirations, de pourriture et sans doute d'urine qui la chatouillaient. Ses yeux étaient légèrement plissés car malgré le verre fumé, la lumière lui était incroyablement agressive.

Comme elle se baladait entre les étagères dévalisées, elle finit par faire face à son rayon de prédilection. Enfin la mémoire lui revint. Une bouteille de vodka. La sienne, vidée. Dans un élan de frustration colérique – ou de colère frustrée, on ne saurait le dire – elle avait ouvert sa fenêtre de quatrième étage et avait jeté le récipient de verre dans le vide. Parfois, cela se produisait. Elle en avait voulu une autre. La soirée ne faisait que commencer, et sa voisine venait d'apprendre que l'animal de compagnie qui avait partagé son enfance venait de mourir. Enfin, quatre mois plus tôt, mais on ne la prévenait que maintenant. Le jeu ne pouvait être plus pertinent un autre jour qu'aujourd'hui.

Fort heureusement, il restait une dernière bouteille. Comme une orpheline qui attendait la douceur d'une nouvelle main maternelle. Elle contourna le sans-abri qui paraissait absorbé par la conversation entretenue avec ses pièces, et voulut lui conseiller la picrate la moins chère. Il était improbable aux yeux de la grande blonde qu'il puisse se payer autre chose. Mais elle se tut. Satisfaite de sa trouvaille, elle passa le bras par-dessus l'épaule de l'étrange handicapé, se contenta de s'emparer de son bien. Le bras ballant, les pieds lourds, elle s'approcha de la caisse et farfouilla dans sa poche pour en dénicher sa carte de paiement.
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Lenz Weelher
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Sam 24 Fév - 18:12
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Bingo. Le compte tout rond. Lenz avait finalement fini de se débattre avec sa monnaie. Il rangea ce qui restait d’inutilisable dans sa poche, gardant le reste dans le creux de sa main. Il avait été tenté de la recompter, mais s’était finalement abstenu, il avait déjà passé beaucoup trop de temps le nez dans les pièces. Le compte ne pouvait qu’être juste, de toute façon, il avait déjà vérifié au moins trois fois. Refermant le poing sur son argent, il releva le nez vers l’étagère.

Confusion. Il tourna sur lui-même, tanguant légèrement, puis se replaça face au rayon. Les yeux plissés, il fixa une seconde le trou au milieu des dizaines d’autres bouteilles. Volatilisée. Disparue. Il avait perdu de vue sa bouteille de vodka. Comment cela était-il possible ? Ce ne l’était pas, n’est-ce pas ? Les bouteilles ne pouvaient pas marcher, et encore moins s’envoler - ou bien il n’avait pas été mis au courant, sinon. Et puis pourquoi aurait-elle fui alors que quelqu’un avait enfin jeté son dévolu sur elle, elle qui semblait jusque là totalement abandonnée.

Il pivote une nouvelle fois, en direction de la caisse. Il est vrai, alors qu’il était en plein dans ses comptes, il avait senti une présence à ses côté. Ca avait été bref, et il n’y avait pas franchement porté attention. Un autre client, avait-il pensé. Cet autre client lui aurait-il volé sa bouteille, profitant d’un moment d’inattention de sa part pour la lui subtiliser insidieusement ?

Cette autre cliente, en fait. Il la voyait se diriger vers les caisse avec entre les mains la dernière bouteille de vodka du magasin. Son sang ne fit qu’un tour avant qu’il ne se lance à sa poursuite. Elle aurait largement le temps d’atteindre le comptoir, cela dit, car sa vitesse n’avait rien de celle d’un coureur olympique. Faisant claquer le métal de sa jambe contre le sol de la boutique, il allait au plus vite qu’il pouvait, prêt à tout pour mettre fin à ce terrible vol de boisson.

« Wow, wow, wow ! » lança-t-il alors qu’il rattrapait enfin la voleuse. Il avait levé le point qui tenait ses pièces, comme s’il fallait deviner qu’elles étaient dedans. Au plus il s’approchait, au plus il avait une bonne vue de la fille qui lui avait chapardé la vodka. Elle avait un peu l’air d’une gamine. Mais il aimait bien son t-shirt. Qui avait tout d’un t-shirt de gamine. Est-ce qu’elle avait au moins l’âge d’acheter de l’alcool ? Peut-être. Peut-être pas. Mais il avait bien peur que même si ce n’était pas le cas, le caissier s’en moque éperdument. Et Lenz n’était absolument dans l’humeur de faire la leçon à quiconque ce soir, surtout en prenant en compte que la probabilité qu’il se trompe sur l’âge de la fille ne soit pas négligeable.

Enfin arrivé à la caisse, presque essoufflé d’avoir dû traîner la patte jusque là, il pointa du doigt la bouteille. Il avait l’air d’être arrivé à temps, parce qu’elle ne semblait pas avoir déjà payé. Ouf, du coup. « Je l’ai vue en premier. » Même lui ne savait pas s’il s’adressait au caissier ou la voleuse, probablement parlait-il un peu aux deux en même temps. Comme s'il voulait leur expliquer son geste, sa volonté d'acheter le breuvage. Il avait raison de vouloir avoir la bouteille, il avait été le premier à s’en approcher, c’était son droit de l’acheter, dans ce cas. S’il s’était jeté comme ça sur la caisse pour récupérer son dû, ce n’était absolument pas parce qu’il était comme l’alcoolique du coin, mais parce qu’il s’était soudainement mis à croire dur comme fer au dicton qui disait « Premier arrivé, premier servi ».

Il avait vidé son poing sur la caisse, les pièces se libérant de son emprise dans un petit vacarme bien distinctif. Cette fois, il savait qu’il allait s’adresser au cassier. « Le compte est bon, pour la bouteille. Recomptez si vous voulez. »
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Luce Malone
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Mer 28 Fév - 11:26
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Victoire ou pas, rien dans sa démarche ne traduisait le bien que lui procurait le toucher de la bouteille entre ses doigts. Luce se contentait de traîner les pieds, tel un prisonnier tirant le boulet cadenassé à sa cheville, jusqu'au comptoir. Sa hanche pouvait lui être douloureuse, certains moments. Restes de sa dernière crise, qui lui avait figé l'articulation pendant plusieurs heures. Son esprit, lui, restait dans un état de demi-conscience, comme groggy par les derniers joints qu'elle avait fumé. Pas défoncée malheureusement. Seulement ankylosée. De partout.

Aucun remède n'était plus efficace à ces maux qu'une bonne cuite au jus de patate. Parce qu'on lui avait dit que la vodka était faite à partir de pommes de terre. Enfin, on lui avait sûrement dit une belle connerie. Il fallait dire qu'elle s'en foutait pas mal. Des conneries, on lui en racontait à la pelle. C'était le fardeau des jeunes travailleurs côtoyant les jeunes étudiants. Les seconds avaient tendance à mépriser les premiers. Pour une grande majorité, la chose était simple : ou on était intelligent et on faisait des études, ou on était débile et on se tapait un taf bidon. Alors bosser à la cantine, en plus d'être un joli minois aux cheveux blonds, alimentait les clichés dont Luce se passerait bien. Mais elle, n'était pas naïve. Cela dit cette histoire de pattes, ça lui avait plu.

Yo, grogna-t-elle, la bouteille posée sur le comptoir.
Salut gamine.

L'épicier lui avait répondu sans un regard, plongé dans sa lecture. Il saisit de sa main bourrue la bouteille, manquant de la repousser vers le bord, où l'aurait attendu sa mort, et avec elle la mort des derniers espoirs de Luce. Ceux d'une soirée de défonce totale.

Wow, wow, wow !  lança une voix dans le magasin. Elle s'accompagnait d'un bruit infernal, le tac tac tac d'une démarche claudicante. Comme un pirate annoncerait son approche de manière bien trop théâtrale. Mais il n'était pas un pirate. Et ça n'avait rien de théâtral. C'était juste chiant. Les martèlement du métal contre le carrelage résonnait dans la tête de Luce comme si les sept nains d'une vieille légende humaine minaient directement l'os de son crâne depuis l'intérieur. C'était douloureux, et ça ne présageait rien de bon.

Elle ne s'étonna pas de retrouver le clochard rafistolé n'importe comment face à elle, quand elle prit finalement la peine de se retourner. Il n'était pas très beau. Voire plutôt moche. Carrément moche, en fait. Il ne sentait pas mauvais mais tout dans sa dégaine donnait envie à son interlocutrice de le renvoyer dans cette benne à ordures à laquelle il devait être particulièrement attaché. Qui portait encore volontairement des joggings ?

Je l’ai vue en premier, souffla-t-il, le doigt pointé sur la bouteille.

Luce releva les sourcils derrière ses verres teintés. Ce qui, finalement, n'était donc pas très utile pour communiquer la moindre émotion. Ce type avait un sacré culot. Depuis quand on s'appropriait un produit avant de le payer ? Le nez fourré dans ses piécettes, la faute lui incombait. Luce n'était pas censée savoir qu'il désirait ce produit spécifique. Quand bien même, elle s'en foutait. Elle n'allait pas se battre avec un sans-abri handicapé alcoolique, parce qu'elle avait un peu de pitié tout de même. Mais il était hors de question qu'elle laisse ce caprice l'écraser. Et si, en fin de compte, cela devait se régler par une mandale dans la bouche, ainsi serait-il. Cependant, c'était quand même dommage d'en arriver là.

Il vida ses pièces dans un tintement à faire éclater le crâne d'une jeune femme à moitié défoncée, pour exiger l'achat de sa boisson.

Le compte est bon, pour la bouteille. Recomptez si vous voulez.

Il y eut un silence gêné. L'épicier ne savait pas quoi faire. Et Luce restait coite face tant d'assurance, de volonté. C'était triste, cette force que l'on possédait à cause d'une addiction. S'il mettait son énergie, cette hargne au profit d'autres projets, le clochard serait peut-être travailleur, et pourrait s'offrir d'autres vêtements que de vieux joggings. Il achèterait à manger plutôt qu'à boire. Et il foutrait la paix à une alcoolique qui cherchait à se murger la tronche tranquillement.

J'vais payer par carte, souffla-t-elle finalement en ignorant complètement la saynète qui s'était déroulée là. Elle n'avait aucune monnaie dans ses poches.
La machine est HS.

Le bras de la jeune femme tomba mollement le long de son corps, tout ses espoirs s'envolant en échos dans le magasin, accompagné des dernières paroles du caissier. Elle jeta un œil triste à l'autre client, bien qu'elle portait toujours ses lunettes. Ce con avait gagné.

Elle soupira et prit le chemin de la sortie sans un mot de plus.
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Lenz Weelher
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Lun 26 Mar - 19:04
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Silence. Deux paires d’yeux rivées sur lui. Lenz perdait un peu sa contenance. Il avait pensé au moins déclencher une réaction ; une indignation pour la fille, de la complaisance à l'encaisser pour le caissier. Ca s’était joué comme ça dans sa tête. Non pas qu’il voulait indigner la voleuse, mais il pensait que ce serait la réaction la plus logique qu’une personne sortant seule dans le coin à cette heure-là pour aller chercher une bouteille d’alcool pourrait avoir. Mais apparemment non. Tout le monde ne réagissait pas comme lui, fallait croire. Mais ce n’était pas cela qui lui posait problème ; c’était plutôt le fait que toute l’attention soit soudainement portée sur lui. Il n’aimait pas vraiment ça. Plus vraiment ça. Il aurait peut-être dû réfléchir avant d’agir. Il l’aurait peut-être fait, s’il n’avait pas été totalement obnubilé par la subite disparition de la bouteille de vodka. Ca lui apprendra, peut-être.

Son tas de pièces n’avait pas bougé, le caissier n’avait même pas eu l’ombre d’un geste qui signifierait qu’il allait possiblement y toucher. J'vais payer par carte. Elle n’en avait donc rien à faire, de la détresse d’un malheureux handicapé. Elle avait peut-être raison au fond, c’était de sa faute à lui s’il n’avait pas été assez rapide pour s’approcher de la caisse en premier. Il commençait doucement à se rendre compte que sa petite crise était totalement idiote. Il avait honte, tout d’un coup. Comme si la fièvre du moment était soudainement retombée et qu’il réalisait enfin qu’il ne faisait que se donner en spectacle pour rien, et qu’il devait probablement passer pour un alcoolique miteux. Et rappelons-le, même s’il est un peu miteux, Lenz n’est pas un alcoolique, hein ?

Il allait ramasser ses pièces quand l’épicier annonça à la fille que la machine à carte ne fonctionnait pas. Ces mots le stoppèrent directement dans son geste, et il releva alors les yeux vers elle, un bras toujours légèrement tendu vers son tas. Avait-elle de la monnaie sur elle ? Ou pourrait-il finalement, grâce à un coup du sort, repartir avec sa bouteille ? Il n’était pas sûr, mais il pouvait tout de même deviner que ce n’était pas de la joie qu’il lisait sur son visage. Et ce n’était que quand elle avait tourné les talons vers la sortie, les bras ballants, que Lenz était certain qu’elle n’avait rien d’autre pour s’offrir la boisson tant désirée.

Il lança un regard au caissier qui ne lui adressa rien de plus qu’un haussement d’épaule avant de ramener le tas de pièce vers lui, sans donner l’impression de prendre le temps de tout recompter. Fallait dire, il y en avait beaucoup, des pièces, le genre d’amas de métal qui fait soupirer la plupart des personnes travaillant à ce genre de poste. Avant même que l’homme du magasin n’ai pu finir de ranger toute la monnaie dans sa machine, Lenz attrapa un des sachets de gobelets accessibles à l’avant du comptoir. Il les posa à côté de le bouteille et rajouta ensuite une pièce de deux unix au tas bien diminué. « Gardez la monnaie. » Pour le dérangement, sûrement.

Le caissier avait fait un signe de la tête, peut-être lâché un « bonne soirée », peut-être pas, Lenz n’y prêtait plus attention. Du plus rapidement qu’il pouvait, il se dirigeait vers la sortie. Pourquoi allait-il faire ça ? Aucune idée. Ca lui avait pété, d’un coup. Est-ce qu’il avait de la peine pour la fille ? Pas impossible. Il avait vécu la même sensation qu’elle juste avant ; cette sensation de trahison à croire qu’on allait avoir ce qu’on voulait, pour en réalité le voir se volatiser devant nos petits yeux impuissants.

L’éclopé était sorti de la boutique, mais s’était arrêté sur la petite marche de l’entrée, regardant un coup à droite et le suivant à gauche à la recherche de la voleuse. Elle n’avait pas eu le temps de partir bien loin - et heureusement, puisque Lenz n’était pas forcément en état de courir après quelqu’un. Il était descendu de la marche et avait avancé d’un pas en direction de la voleuse. Mais juste d’un pas, il ne voulait pas risquer de se fatiguer pour rien, parce qu’il avait cette étrange impression que son élan de gentillesse serait probablement refusé.

« Hey ! hm.. » Il s’adressait à la fille, bien évidemment. Il hésitait légèrement, parce qu’il n’avait pas pris la peine de répéter plusieurs fois dans sa tête ce qu’il allait dire avant de se lancer. « On partage ? » La bouteille de vodka, du coup. Ce qui expliquait donc pourquoi il avait pris la décision au dernier moment de faire également l’acquisition de gobelets en plastique. « J’ai.. pris des gobelets. » Et ça, c’était censé être son principal argument.

A chaque mot qu’il avait dit, il s’était demandé un peu plus ce qu'il était en train de faire, pourquoi il tenait tant que ça à se mettre à dans l’embarras. Il savait pertinemment qu’il allait se faire envoyer bouler, il n’y avait pas de raisons pour que ça se passe autrement. Et dire qu’il avait dépensé deux unix sur des gobelets à cinquante centimes pour ça. Quel idiot, parfois, vraiment. Même s’il arriverait sûrement à se consoler un peu en se disant que s’il passait le prochain mois à boire dans des gobelets en plastique ça lui ferait moins de vaisselle à faire.
et glou et glou
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